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James Gammill (1925-2017), un grand psychanalyste nous quitte

Mis à jour : mai 12

Par Florence Guignard & Bianca Lechevalier

Médecin, psychiatre, psychanalyste d’enfants, d’adolescents et d’adultes, James Gammill, décédé le 17 décembre dernier, était membre associé de la Société britannique de psychanalyse et membre titulaire formateur de la Société psychanalytique de Paris (SPP). Il a introduit en France la pensée de Melanie Klein et des auteurs kleiniens et postkleiniens, et contribué de façon majeure à former plusieurs générations de psychanalystes français. Avec sa disparition, la psychanalyse perd aujourd’hui un clinicien exceptionnel et un transmetteur majeur de l’art et de la science psychanalytiques.

Citoyen américain, James Gammill fut, à 18 ans, navigateur dans l’armée de l’air américaine durant la Seconde Guerre mondiale et participa à la libération de la France en 1944. Envoyé après une préparation sommaire dans la fournaise des Ardennes, il dut s’occuper des blessés ayant des troubles psychologiques.

Être un adolescent plongé dans la guerre – comme l’avait été W. R. Bion avant lui, durant la Première Guerre mondiale – marqua toute sa vie d’une double appartenance et d’une oscillation jamais achevée entre l’Europe et son « Vieux Sud » des États-Unis.

Avec le goût qui le caractérisait, il aménage une modeste maison de campagne dans le Tennessee, mais aussi dans le Loir-et-Cher, à mi-distance de Châteaudun qui fut sa base militaire à son arrivée en France, et de Vendôme, où naquit le comte de Rochambeau, compagnon de Lafayette et héros de la guerre d’indépendance des États-Unis (1781). Lafayette fut toujours pour lui un exemple d’indépendance d’esprit et de lien entre son pays d’origine et son pays d’adoption. Lors de la démolition de la chapelle des Rochambeau à Vendôme, il en acquiert même l’escalier de la chaire, qu’il place dans sa petite ferme. À la fin de sa vie, il retourne passer encore quelques temps à Châteaudun pour se rapprocher d’une famille amie.

Après ses études de médecine effectuées aux États-Unis, James Gammill revient se former en psychanalyse durant dix ans à Londres, de 1950 à 1960. Il fait une analyse avec Paula Heimann et entreprend son cursus de formation à la Société britannique de psychanalyse. Parmi ses formateurs illustres, il profite d’une longue supervision avec Melanie Klein et travaille également avec des analystes prestigieux, comme Donald W. Winnicott – qui l’accueillit pour son cursus – , Roger Money-Kyrle, Wilfred R. Bion, Herbert Rosenfeld, Hanna Segal et Esther Bick.

Il retourne ensuite à Nashville (Tennessee) où il occupe un poste de maître-assistant en psychiatrie. Mais, en 1966, il décide de revenir en Europe et choisit Paris pour s’y installer. À partir de là, James Gammill ne cesse de promouvoir des échanges fructueux entre les différentes cultures psychanalytiques, tout en se dédiant corps et âme à constituer des groupes de formation et de réflexion dans tout l’Hexagone.

C’est lui qui fait venir Donald Meltzer à Paris trois fois par an pendant vingt ans, faisant ainsi profiter des générations de praticiens de l’enseignement de ce clinicien et théoricien de génie. Créé avec le soutien de James Gammill pour soutenir ces rencontres, le GERPEN (Groupe d’Étude et de Recherches psychanalytiques pour le développement de l’enfant et du nourrisson) poursuit sa tâche jusqu’à aujourd’hui, en invitant d’autres personnalités étrangères, à commencer par Martha Harris et Frances Tustin.

Conscient des difficultés auxquels se heurtent les praticiens de la psychanalyse pour instituer en France une formation officielle en psychanalyse de l’enfant, James Gammill soutient fortement le projet entrepris par Annie Anzieu et Florence Guignard de créer une association pour la formation en psychanalyse et en psychothérapie d’enfants et d’adolescents. C’est ainsi que naît, en 1984, l’APE (Association pour la psychanalyse de l’enfant), puis, en 1994, la SEPEA (Société européenne pour la psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent), héritière de l’APE dans un espace de pratique et d’échanges devenu européen.

Toujours préoccupé par la situation mondiale, mû par une résolution inébranlable de contribuer à la victoire de la vie sur la destructivité, d’une grande exigence d’approche du désespoir lié au traumatisme, James Gammill a également contribué à consolider les liens entre les auteurs du passé psychanalytique – notamment ceux de l’Europe de l’Est, chassés par le nazisme – et ceux du présent.

Parallèlement, une fois devenu, en 1974, membre titulaire formateur de la SPP, James Gammill met largement son habilitation à former les jeunes analystes au service de la diffusion de la psychanalyse en France. Pour ne donner que quelques exemples, il est co-fondateur des Groupes toulousain et méditerranéen de psychanalyse de la SPP.

Rouen, Bordeaux, Caen, Aix-en-Provence, Brest, Marseille… mais aussi Paris (rue de Rennes, rue de Berri), le Moulin de Bully, Lyon, Nice… et bien d’autres d’endroits, petits et grands, où James Gammill a mis son art et sa science au service de l’éventail complet de la psychanalyse – enfants, adolescents, adultes – afin de développer les compétences des nouvelles générations dans l’esprit des pionniers de la psychanalyse. Il fallait, disait-il, quitter la Cour de Versailles et travailler démocratiquement, jusque dans les endroits les plus modestes, afin que plus jamais l’on n’oublie que l’enfant est le père de l’homme.

Bibliographie de Jammes Gammill

  • 1985. « Quelques souvenirs personnels », in Mélanie Klein aujourd’hui, Lyon, Césura.

  • 1992. « Quelques notes sur la régression, la progression défensive et les arrêts de la progression normale », Revue française de psychanalyse, 1992/4 (56).

  • 1998. À partir de Mélanie Klein, introduction de G. Haag, Lyon, Césura.

  • 2005. Préface, in Enfants terribles, enfants féroces, Toulouse, Érès.

  • 2006. « Quelques réflexions sur l’entrée dans l’adolescence » et

  • « Sur la notion de contre-vérité psychique chez l’enfant et l’adolescent », Journal de psychanalyse de l’enfant, 2006/4 (58).

  • 2007. La position dépressive au service de la vie, préface de B. Lechevalier, Paris, In Press.

  • 2011. La position dépressive au service de la vie, 2e éd. rev. et aug., préface de D. Houzel, Paris, In Press.

  • 2015. « Introjection et projection respiratoires. Cinquante ans d’élaboration liée à la pensée de Melanie Klein », Journal de psychanalyse de l’enfant, 2015/1 (5).

Photo de James Gammill par Rajah Shararah, 2016


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